Les Ateliers du goût : éloge des mille saveurs

“Qui veut sentir ? Qui veut toucher ? Qui veut goûter ?” Tout autour de la table, des petites mains se lèvent. La tentation est trop grande de se jeter sur ces herbes odorantes pour les porter à son nez, à sa bouche, les triturer pour s’en mettre plein les doigts. Le tout sous le regard attentif d’Aurélia, créatrice des “Classes du goût”, ces ateliers entièrement pensés pour former l’éducation au goût des enfants, petits et grands. Saveurs, textures, couleurs, formes : tout est bon pour faire découvrir aux enfants de nouveaux goûts et éveiller leur curiosité pour de nouveaux aliments.

“ Un enfant sur trois ne reconnaît pas les fruits et les légumes, et ne sait pas ce que contient son assiette. Les enfants d’aujourd’hui sont tellement habitués à manger des produits transformés qu’on en oublie parfois de leur présenter l’essentiel ”, analyse Aurélia. “Parce que le goût s’apprend ! Il est important d’éduquer leur palais, parce qu’une alimentation saine et équilibrée passe par une véritable éducation au goût, une réelle connaissance des fruits, des légumes, des herbes, des épices…”

Pour jeter les bases de cet apprentissage, rien de tel qu’un éveil précoce aux goûts et aux saveurs. “Chez les 2-3 ans, il s’agit essentiellement de manipulation, explique la pédagogue”. Pas plus de trois aliments, et un principe fondateur : la “patouille”. “Il faut faire intervenir tous les sens, reprend Aurélia. Reconnaître les herbes à l’œil, à l’odeur, au goût, à la texture, pour qu’ils deviennent familiers”.

“Qui veut faire un jeu ? ” De nouveau, les petites mains se lèvent et s’agitent. Après la phase découverte, il est temps de retrouver un peu d’attention. “Qui est capable reconnaître les herbes sur ces cartes à jouer ? ” Tout le monde se prête au jeu. Plus compliqué : qui peut reconnaître les aliments les yeux fermés ? Aidés par des masques – à paillettes, c’est plus rigolo – les petits détectives font appels à leurs autres sens. La ciboulette, longiligne, est rapidement trahie par sa forme. L’odeur de la menthe permet de la démasquer assez rapidement. Pas de doute, au bout du compte, c’est bien la coriandre qui est la plus difficile à deviner.

Chez les plus grands, l’exercice est un peu plus corsé. “Quatre ans, c’est l’âge de l’éveil sensoriel, analyse Aurélia. Chez les 7-10 ans on va travailler sur une dizaine de fruits et légumes. “On plonge dans le créatif, on invente pour les découvrir, les reconnaître et les utiliser”. En avril, les enfants s’étaient penchés sur les mystères de la tomate et de ses drôles de graines, et avaient planché sur la recette des gaufres au chou-fleur et brocoli !

Les innovations semblent sans fin, tout comme les activités créatives – semis, peintures avec aliments…

Au bout d’une demi-heure de patouille, les plus petits enfants quittent la table, ravis, pour laisser la place à une nouvelle tablée de six. Menthe, coriandre et ciboulette ont été triturées, malaxées, senties, frottées, et goûtées à loisir. Il est temps de passer à de nouvelles activités, avec au bout des doigts, le souvenir odorant de toutes ces herbes magiques.