Les besoins fondamentaux des enfants – 2 (par Sandra Stettler)

Reprenons notre investigation sur les besoins fondamentaux de l’enfant.

Pour mieux comprendre leur importance nous allons nous intéresser aux travaux d’un grand nom de la psychologie le Docteur René Arpad Spittz (1887-1974), dont la référence est Sigmund Freud et ses théories psychanalytiques.

Sa méthode est l’observation clinique directe du nouveau-né avec ou sans sa mère. Il se centre sur les relations précoces mère/enfant, leurs conséquences sur le développement de l’enfant et les séquelles des carences affectives précoces. Il montrera également le lien entre ces carences et la naissance de l’angoisse chez le jeune enfant.

Quelles sont les conclusions du Dr Spitz ? Il conclut que ces carences entraînent inéluctablement des perturbations somatiques et psychiques graves en particulier lorsque la carence affective est totale et de longue durée.

Sa théorie fondamentale pour étayer cette conclusion est la « théorie de l’hospitalisme » issue de son observation d’enfants hospitalisés qui sont séparés de leur mère.

Dans son étude, Il a observé 170 enfants, dont 34 avaient été totalement privés de soutien maternel ou substitutif. Les plus vulnérables sont les nourrissons entre 6 et 12 mois, dont l’évolution suivra systématiquement le tableau suivant :

  • Le premier mois de séparation, l’enfant va se mettre à pleurer sans raison, sera triste, s’accrochant à tout adulte de l’entourage, recherchant de façon impérieuse le moindre contact.
  • Au deuxième mois de séparation, il y a arrêt de développement, perte de poids, et tristesse. L’enfant cherche le contact mais sans véhémence.
  • Au troisième mois, il y a un refus du contact. L’enfant reste couché à plat-ventre sur le lit, a des troubles du sommeil (insomnies), refuse la nourriture, attrape facilement des maladies, et demeure anxieux et indifférent. Le retard psychomoteur se généralise.
  • Après trois mois de séparation, le visage se fige, le regard est absent. Il n’y a plus de pleurs, ni de sourires, plus de crise. On observera quelques gémissements plaintifs, des mouvements bizarres des doigts, des stéréotypies, et une mauvaise coordination oculaire. Le développement mental et physique est entravé mais la guérison sera rapide si l’enfant retrouve sa mère ou un substitut avant la fin du quatrième, voire du cinquième mois. On note qu’après 3 mois de séparation, le tableau que présente l’enfant est proche de la dépression. Si l’enfant n’est pas de nouveau materné, il se prostrera et se laissera mourir.

Ainsi, il montre qu’une carence affective longue et totale entraîne la mort de l’enfant. Ce qui souligne l’importance primordiale du besoin d’attention, d’interaction et de maternage de l’enfant.

Il nous lègue également les premières études sur le lien entre le besoin de maternage de l’enfant et les conséquences de son absence. En voici un aperçu :

De l’attitude maternelle… … à la réaction infantile
Rejet complet de l’enfant Comas du nouveau-né
Indulgence excessive et anxieuse Coliques du 3ème mois
Hostilité déguisée en anxiété Eczéma infantile
Oscillation entre hostilité et cajolerie Hyper-mobilité, balancements
Sautes d’humeur cycliques Jeux fécaux
Hostilité consciemment compensée Hyperthymie agressive (humeur massacrante)

Il parle de somatisation ce qui signifie que l’enfant traduit corporellement une problématique psychique qu’il ne peut gérer émotionnellement.

Fort de ses travaux le Dr Spitz passera son temps à interpeller l’Education Nationale, les parents, les médecins, les psychologues, les personnels s’occupant des enfants sur la nécessité fondamentale de respecter les besoins vitaux de l’enfant et sur les conséquences dramatiques que leur non-observance entraîne.

Ainsi, vous l’avez compris l’enfant a absolument besoin de capter votre attention car elle le nourrit tout autant que la nourriture physique et intellectuelle que vous pouvez lui apporter. C’est « vital » ce qui signifie en médecine indispensable à la vie !

Mais comment répondre à ce besoin vital dans une vie trépidante, jalonnée de sollicitations multiples ?

Par la thérapie du jeu ou thérapie des 20 minutes mise au point par des psychologues et chercheurs en neurosciences ! De quoi s’agit-il ? De prendre simplement 2 à 3 fois par semaine 20 minutes « montre en main » que vous passez avec votre enfant sans répondre aux sollicitations extérieures (téléphone, mails…). Vous lui accordez 20 minutes « d’attention exclusive » pendant lesquelles c’est lui qui vous pilote : il décide de ce qu’il souhaite faire, vous proposer… si au bout de 5 mn il veut arrêter l’activité dans laquelle vous venez de vous engager, vous le suivez sans jugement, ni réprimandes… Au bout de 20 minutes les neurosciences ont permis de prouver que l’enfant et l’adulte sont « rechargés » et peuvent puiser dans cette recharge pendant au moins 72 heures avant d’éprouver de nouveau le besoin de venir de nouveau vous solliciter pour répondre à ce besoin vital d’attention.

Si vous mettez en place ce « 20 minutes » de manière régulière, tel un rituel, vous pourrez constater rapidement des effets très bénéfiques sur votre relation avec votre enfant, son humeur et la vôtre, la diminution de ses somatisations !

En cette période de confinement où vous devez jongler entre le télétravail, l’accompagnement scolaire de vos enfants, l’angoisse du lendemain…. Il est d’autant plus important de prendre ce temps, cette parenthèse, cette bulle d’oxygène avec votre enfant.

Si vous en avez plusieurs essayez de prendre 20 minutes avec chacun d’entre eux !

Je sais, ce n’est pas facile, mais tellement bénéfique ! car pendant ces 20 minutes vous nourrissez 6 les besoins fondamentaux de l’enfant : besoin d’attention, d’amour, de sécurité, de liberté, d’éprouver du plaisir au quotidien et de compétence.

A utiliser sans modération !

A la semaine prochaine pour la suite de notre exploration !

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