Les besoins fondamentaux des enfants – 3 (par Sandra Stettler)

Continuons notre exploration sur les besoins fondamentaux de l’enfant ! Nous allons aujourd’hui nous intéresser principalement aux besoins d’amour et de sécurité.

Pour comprendre ces besoins nous allons nous tourner vers Abraham Maslow, psychologue américain (1908-1970), père de l’approche humaniste qui invite à une vision positive de l’être humain. Il est connu pour sa théorie de la motivation qui s’appuie sur la hiérarchie des besoins. La synthèse de ses travaux est présentée dans « la Pyramide de Maslow » que vous trouverez ci-dessous dans sa version adaptée aux enfants.

Si nous parcourons cette Pyramide nous constatons que le 1er niveau, « la base » en est constituée par les besoins physiologiques : boire, manger, dormir, se laver, jouer. Mais ces besoins ne peuvent être comblés par la seule action instinctive de manger, boire… Les conditions psycho-émotionnelles dans lesquelles se trouve l’enfant lorsqu’il boit, mange… joue… seront déterminantes pour venir combler positivement et pleinement ces besoins.

Prenons un exemple : une famille de 2 enfants est à table, le repas est équilibré, appétissant mais un lourd silence règne. Il n’y a aucune interaction entre les personnes en présence : le père et la mère sont plongés dans leurs préoccupations, le grand frère regarde son téléphone portable, le petit dernier ne mange pas et tente désespérément d’attirer l’attention en faisant tomber ses couverts, en chantonnant, en gigotant. Il peut de surcroît vivre dans une belle maison, disposer de tous les jouets qu’il souhaite et pour autant il mange peu, dort mal, rechigne à prendre sa douche, n’arrive pas à jouer seul et tombe fréquemment malade.

Pourquoi me direz-vous ? En apparence ses besoins physiologiques peuvent tous être comblés mais il manque d’attention, de marques d’amour tangibles, de sentiment d’appartenance. Ainsi, malgré les apparences ses besoins physiologiques ne sont pas comblés. Ils le seraient si pendant ce temps de partage qu’est le repas, il sentait que chaque membre de la famille s’intéresse aux autres membres et s’il pouvait interagir par la parole, l’échange ou un jeu avec sa famille.

Or, Abraham Maslow nous éclaire sur un point fondamental : si ma base n’est pas un minimum comblée, l’ensemble de la Pyramide va se retrouver en déséquilibre et ressembler à la tour de Pise !

Continuons de parcourir cette Pyramide : si les besoins physiologiques sont respectés et comblés je peux accéder aux besoins de sécurité, au 2ème étage de la Pyramide. Pour un enfant que signifie se sentir sécure ? Concrètement : je peux laisser partir mes parents sans déchirement, je suis stable intérieurement, j’ai confiance en eux et en moi… ma nounou me donne suffisamment d’attention et d’amour dans la journée alors, je suis calme et sécure. Si j’ai peur ou je me fais mal, je sais que je serai écouté, entendu et secouru ! De nombreux rituels jalonnent mes journées et les limites qui me sont posées restent constantes et fermes, même si je me fâche, je proteste, je crie à l’injustice ! Ainsi, le monde qui m’entoure est stable et bien délimité ce qui me permet de me mouvoir en toute sécurité, d’explorer, d’absorber, de m’éloigner en sachant que je peux revenir vers cette stabilité.

La sécurité chez l’enfant vous l’avez compris est fondamentalement affective et non liée au niveau socio-économique dans lequel l’enfant grandi. Vous constaterez d’ailleurs que lorsqu’un changement intervient dans les routines de l’enfant, il va tout de suite manifester de l’inconfort, de l’insécurité. Ainsi, si vous devez changer une routine il est important de le prévenir suffisamment à l’avance pour qu’il puisse aborder ce changement sans trop d’anxiété, ce qui le rendra plus acceptable, c’est-à-dire à la finale moins insécurisant.

Ainsi, si je suis sécure, je peux aborder sereinement le 3ème étage de la Pyramide : le besoin d’appartenance. Comment se traduit-il ? Je sens que je suis à ma place dans cette famille, cette classe, ce groupe de copains. Je m’y sens bien et accepté tel que je suis. Souvenez-vous ! nous ne sommes pas une espèce solitaire, nous avons besoin de vivre en groupe, d’échanger, de partager ne serait-ce que par la parole. Mon besoin d’appartenance est fort et inné, lié aux besoins fondamentaux de l’espèce humaine.

A ce stade de notre exploration faisons un point : si mes besoins physiologiques sont comblés, si mon besoin de sécurité est respecté, si je me sens appartenir à cette famille positivement en y ayant ma place… alors, je pourrais gravir la 4ème marche de ma Pyramide : construire mon estime de moi. Celle-ci est définie comme étant le regard que je porte sur moi. Comment je me vois, je me perçois. Une façon simple de mesurer l’estime de soi chez l’enfant consiste à lui demander de se décrire ou de se dessiner. Les mots utilisés pour se décrire nous donnent un premier aperçu de cette estime : je suis petit, moche, méchant ou je suis fort, intelligent, beau…. Or, cette estime est la base de la construction psychologique de la confiance en soi. Cette confiance est indispensable pour aborder les apprentissages. Par exemple, si je pense que je suis nul en mathématiques (estime de soi) je bloque toutes mes capacités de compréhension en mathématiques et je vais détester cette matière qui sera inabordable pour moi indépendamment de mon QI.

Ce manque d’estime de moi m’empêchera d’accéder au dernier niveau de la Pyramide où se trouve le besoin d’accomplissement. Un enfant découvre et absorbe le monde quotidiennement, il est curieux, insatiable, plein d’énergie, de rêves… dans son monde intérieur tout est possible… « c’est décidé il deviendra astronaute » ou « Président de la République ». A condition qu’à chaque étage de la Pyramide il trouve « la nourriture » qui lui est nécessaire !

Abraham Maslow met en avant le fait que si les besoins des 4 premiers étages sont carencés il est impossible d’accéder au 5ème étage de la Pyramide. Il nous explique également que chaque marche nécessite un substratum fondamental, l’Amour visible. Cet Amour permet à l’être de sentir qu’il est « aimable » ce qui signifie « digne d’être aimé ». Ainsi, si je suis aimable, la vie est belle pour moi, je peux l’aborder avec positivité et confiance et je deviens capable de surmonter les obstacles, de déplacer des montagnes, de m’accomplir.

L’ Amour est donc l’élément essentiel, vital, indispensable à mon évolution. Il me donne des « racines » (de la sécurité, une image positive de moi et du monde) et des « ailes » (de la confiance) pour absorber le monde avec une curiosité insatiable et une joie de vivre contagieuse !

Voici un exercice qui permet de nourrir les 5 étages de la Pyramide :

  1. Le parent et l’enfant se positionnent debout ou sur les genoux, face à face, séparés d’un mètre environ.
  2. Chaque participant avance ses bras horizontalement de façon à ce que les paumes de ses mains touchent celles de l’autre et les doigts s’entrecroisent entre eux.
  3. Une fois ce contact établi, l’enfant indique la marche à suivre avec trois actions principales : Tirer, Pousser, Contact.
    • Pour Tirer et Pousser, l’enfant doit préciser le degré d’intensité : doucement, fort ou très fort. Ainsi, quand il dit « Pousser très fort », les deux joueurs doivent se repousser mutuellement le plus fort possible.
    • L’action Contact permet de suspendre le jeu : chacun reprend sa place en maintenant sa paume collée à celles de l’autre.
  4. À la fin du jeu, faites-vous un câlin pour une bouffée d’ocytocine supplémentaire !

Si votre enfant ne va pas bien vous pouvez utiliser la Pyramide de Maslow comme outil vous permettant de déterminer quels sont le ou les étages auxquels il rencontre des difficultés, et rechercher les solutions pour pouvoir répondre aux besoins des 5 étages de la Pyramides. Et n’hésitez pas à rajouter à votre réflexion et à vos actions l’ingrédient principal : l’Amour. Vous concocterez ainsi la meilleure recette pour aider votre enfant à construire pas à pas sa Pyramide.

Vous pouvez bien sûr utiliser cette Pyramide pour vous-même et votre entourage à l’aide d’une question clé : si j’observe ces 5 niveaux pour moi, quels sont ceux qui sont OK pour moi et ceux sur lesquels il faut que je sois vigilant, ou ceux sur lesquels je suis carencé ?

N’oubliez pas pour que l’être puisse s’épanouir quel que soit son âge il doit nourrir les besoins des 4 premiers niveaux, seul sésame pour atteindre le sommet de la Pyramide : l’épanouissement.

Dernier point : si vous voulez motiver un enfant, un adolescent ou un adulte vous devez observer si tous les niveaux de la Pyramide sont suffisamment satisfaits pour pouvoir être ou rester motivé et ainsi donner le meilleur de lui-même ! Ainsi par exemple, si vous managez des équipes, n’oubliez pas d’encourager, de féliciter vos collaborateurs, de les rémunérer à leur juste valeur ! La Pyramide s’applique à l’être humain dans sa globalité, dans tous les secteurs de sa vie pro et perso !

Bonne réflexion et recherche d’équilibre pour vous et votre entourage 😉

A bientôt pour la suite de nos explorations…

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