Les besoins fondamentaux des enfants – 4 (par Sandra Stettler)

Nous avons déjà exploré 3 besoins, nous allons poursuivre notre enquête aujourd’hui sur les 3 derniers besoins fondamentaux de l’enfant.  

Le 4ème est le besoin de liberté qui se traduit chez l’enfant au quotidien de manière très concrète et tangible : il touche à tout, bouge, explore, manipule, questionne…  

Pourquoi a-t-il besoin de liberté ? Pour pouvoir découvrir le monde fascinant dans lequel il évolue ! Tout est neuf et attise son immense curiosité naturelle, sa soif intangible de découverte et de compréhension. Maria Montessori, première femme médecin en Italie au début du siècle dernier, grande pédagogue humaniste, fondatrice de la pédagogie Montessori qu’elle a construite à partir de l’observation des enfants répond très précisément à cette question.  

Elle nous éclaire sur une donnée fondamentale pour comprendre la psychologie de l’enfant : celui-ci est mû par des courants impérieux de développement qu’elle a nommé les périodes sensibles. Durant ces périodes sa curiosité, son énergie psychique est tournée, focalisée vers un point précis qui le rend quasi obsessionnel et lui permet de déployer une énergie colossale pour répondre à cette impulsion intérieure. Par exemple lorsqu’il rentre dans la période sensible de l’écriture, il écrit en permanence, il se met en entrainement intensif de manière naturelle avec concentration et joie et de surcroît sans fatigue !  

Il en existe 6 s’échelonnant chronologiquement, bien qu’à des âges variables selon les individus : 

  • La période sensible de l’ordre, de la naissance à environ 6 ans 
  • La période sensible de la coordination des mouvements, entre environ 1 an et demi et 4 ans 
  • La période sensible du raffinement des sens, entre environ 1 an et demi et 5 ans 
  • La période sensible du langage, entre environ 2 ans et 6 ans 
  • La période sensible du comportement social, entre environ 2 ans et demi et 6 ans 
  • La période sensible des petits objets, au cours de la deuxième année 

Lorsque l’enfant traverse une période sensible il a besoin de pouvoir explorer le monde librement pour donner libre cours à son impulsion. Par exemple lorsqu’il rentre dans la période sensible des petits objets, il tente d’attraper des fourmis, une minuscule miette de pain, cela lui demande une énorme concentration et l’amène à commencer à développer une motricité fine qui lui fait encore défaut… regardez-le faire, il est hyper concentré, focalisé, rien ne détourne son attention et lorsqu’il y parvient, son visage s’illumine, il rayonne la joie, un immense plaisir le parcourt ! 

Mais comment me direz-vous peuton faire rimer liberté et sécurité en particulier chez le jeune enfant ? 

Maria Montessori répond également à cette question : en préparant l’environnement. En règle générale nous demandons aux enfants de s’adapter à l’environnement des adultes… exemple : il touche à tout, on le gronde ou on le puni… elle nous invite à préparer l’espace de vie de l’enfant pour ne pas entraver sa curiosité naturelle, lui permettre d’exercer sa liberté d’explorer, sans pour autant aseptiser la maison. Les objets fragiles restent à leur place, l’enfant comprendra ainsi qu’ils sont précieux et apprendra à en prendre soinNous voyons donc que sa proposition est inverse : préparé l’environnement pour l’enfant, celui-ci doit être organisé car il est très sensible à l’ordre : chaque chose doit avoir une place déterminée. Cette constance, cette permanence est structurante et rassurante. Ainsi, je peux toucher, manipuler, explorer, vaquer à mes occupations en toute liberté et sécurité.  

En conclusion dans le quotidien je dois pouvoir évoluer en toute liberté dans un environnement préparé, sécurisé.  

Liberté ne rime pas non plus avec laxisme, laisser faire total, ce qui nous amène à la notion d’enfant Roi. Les études cliniques montrent que cet enfant est en grand danger, n’ayant pas de limites clairement construites mentalement, il ira les chercher à l’extérieur se dirigeant vers des compensations nuisibles pour calmer son insécurité fondamentale : compulsions alimentaires, addictions aux écrans, plus tard aux drogues, cigarette, alcool, sexe….  

Alors comment faire ? La discipline positive nous offre une réponse respectueuse des besoins des enfants et des adultes.  

Je vous propose l’exercice suivant :les grands sages. Asseyezvous avec votre enfant dans un moment propice où tout le monde est calme, réfléchissez en tant que grands sages aux règles de base que vous allez fixer ensemble. Invitez l’enfant à être force de proposition et à comprendre pourquoi cette règle est importante en adaptant le vocabulaire utilisé à son âge. Il sera enclin naturellement à suivre une règle qu’il a lui-même élaboré où à laquelle il a participé plutôt que de suivre une règle qui lui est imposée de l’extérieur et souvent non expliquée. Il ne peut dans ce cas en percevoir le sens… Mettez-vous à sa place… pourquoi retenir, mémoriser et appliquer quelque chose qui n’a pas de sens ? Le feriez-vous ? Y penseriez-vous ?  

Lorsque les règles sont fixées, elles doivent être peu nombreuses, vous pouvez les illustrer par des images et les afficher dans différentes pièces de la maison de manière à ce qu’elles soient visibles et que vous puissiez vous y référer lorsque l’enfant omet la règle ou la transgresse. Ces règles sont nommées lignes de conduite et sont rédigées positivement. Exemple : au lieu de dire tu n’as pas le droit de courir dans le salon, on dira tu as le droit de marcher tranquillement dans le salon. Vous le savez par expérience lorsque l’on dit à un être humain tu n’as pas le droit de il a juste envie immédiatement de faire l’inverse. Pourquoi ? Car il a besoin de liberté et le « ne pas » entrave cet élan vital. Ce « ne pas » est donc contre-productif et va amener l’enfant ou l’adulte dans une position défensive, d’opposition.  

Il s’agit maintenant pour vous d’être cohérent c’est-à-dire de respecter vous-même ces lignes de conduite, d’être constant (on ne l’applique pas une fois sur 2) … on ne déroge pas à la règle. 

Dans le même ordre d’idées : on se tient à ce que l’on dit et l’on promet. Pour l’enfant ce qui est dit est dit, il se sent profondément blessé, trahi, lorsque l’adulte ne respecte pas sa parole. Il se sent perdu lorsque les règles sont floues ou mouvantes. Tout ceci l’insécurise profondément.  

Vous l’avez compris l’enfant a besoin d’une liberté encadrée, de pouvoir vivre pleinement ce sentiment dans un environnement préparé, sécurisé et dans lequel les lignes de conduite sont clairement fixées avec lui et respectées par tous.  

Dans ce contexte il pourra laisser son besoin de liberté s’exprimer ce qui renforcera sa confiance en lui, sa confiance dans les adultes, dans le monde qui l’entoure. Cela lui permettra d’accéder au 5ème besoin : avoir du plaisir au quotidiense sentir libre, sentir qu’on lui fait confiance, qu’on le respecte, qu’on lui donne la liberté de choisir (ses activités, ses vêtements…) lui procure une joie profonde qui lui servira de base nourricière pour éprouver du plaisir dans ses actions quotidiennes quelles qu’elles soient. 

Cela répondra également à son 6ème besoin : se sentir compétent, sentir intérieurement ce fameux je suis capable de… Il pourra alors ouvrir tout l’espace du possible à ses capacités et les développer avec naturel, fluidité et confiance.  

Nous arrivons ainsi au terme de l’exploration des 6 besoins fondamentaux de l’enfant. S’ils sont respectés l’enfant sera joyeux, épanoui, coopératif et non compétitif et développera progressivement son estime de lui, sa confiance en lui et le monde, sa positivité, son empathie, son équilibre intérieur.  

A nous adultes de veiller sur lui en répondant du mieux que nous le pouvons avec notre éducation, notre culture, notre vécu, nos blessures de l’enfance, à ses 6 besoins fondamentaux.  

Nous pourrons alors contribuer à une société moins violente et égocentrée, un monde où le respect mutuel, la coopération et la paix pourront régner. Pour y parvenir nous devrons également pouvoir reconnaître et maîtriser nos émotions… Ce grand thème sera le sujet de mes prochains articles