Psychologie des émotions – 1 (par Sandra Stettler)

Après avoir défini les besoins fondamentaux des enfants, je vous invite maintenant à découvrir la gestion de votre équilibre émotionnel. En effet, cette gestion est indispensable pour pouvoir répondre aux besoins de vos enfants ainsi qu’à vos propres besoins.  

Je vous propose d’explorer ce thème de façon ludique à l’aide d’une histoire que j’ai écrit qui prend vie au pays d’Emotiona. Comme elle est un peu longue vous pourrez la découvrir au fil des semaines et pratiquer les exercices qui y sont incorporés ! 

Bon voyage !  

Bonjour et bienvenus à Emotiona le continent des émotions humaines. Si vous survolez à basse altitude ce vaste continent vous y apercevrez une multitude de couleurs, une palette extraordinaire ! Quelle surprise de rencontrer une telle diversité ! Une telle vie, une telle animation ! 

Pour découvrir cet univers nous allons suivre Monsieur Sans freins. Celui-ci est certes un spécimen un peu rare ! Tel un électron libre il a choisi d’exprimer librement toutes ses émotions ! Quelle misère ! Que de déboires ! S’il avait su ! 

Lorsqu’il se met en colère, son entourage s’exclame : quelle horreur, quelle impolitesse, quelle brutalité !  

Lorsque la peur s’empare de lui et qu’il tremble comme une feuille fragile et éphémère il entend : Sois fort ! Qu’elle honte un homme qui tremble ainsi ! Tu dois être « sans peur et sans reproches » tel le chevalier Bayard. 

Lorsqu’il pleure doucement, il est un peu mieux perçu, il attire quelques instants la compassion. Mais, si la tristesse persiste ceux-là mêmes qui le consolaient, le rejettent ! Arrête de pleurer, ça ne sert à rien… le silence plane, le malaise s’installe, la lourdeur arrive, les consolateurs s’éloignent laissant seul Monsieur Sans freins face à ses larmes. Vite Mr Sans freins, il y a urgence à sortir de votre tristesse sinon tous vos amis vont vous fuir et vous devrez affronter une nouvelle difficulté : l’angoisse de la solitude. Réagissez ! 

Enfin, lorsque Mr Sans freins est dans la joie, il est mieux accepté, à condition toutefois de ne pas être trop bruyant ! Car, parler fort, rire aux éclats, piquer des fous-rires, chanter à tue-tête …. Quelle folie ! Quel excès...un peu de tenue que diable Mr Sans freins.  

Epuisé par toutes ses variations émotionnelles Mr Sans freins prit une importante décision, il allait consulter le Pr Régulus, grand spécialiste des émotions sur la planète Emotiona. Le Pr Régulus était souvent interviewé sur ce sujet et il avait publié de nombreux livres …. Il pourrait assurément l’aider car ça ne pouvait plus continuer ainsi !  

Six longs mois le séparaient de ce merveilleux rendez-vous. Que faire en attendant ? Se documenter bien sûr ! Mr Sans freins se précipite sur son portable, se connecte sur internet et lance sa recherche. Il trouve tout d’abord la définition d’une émotion : « réaction affective, en général intense, se manifestant par divers troubles, surtout d’ordre neurovégétatif ». Mr Sans freins soupire profondément : voici une définition bien négative.  

Poursuivons…. Tiens ! on parle d’émotions vraies et d’émotions trafiquées ! Mr Sans freins est abasourdi ! Comment peut-on trafiquer une émotion ! Lui qui les exprime toutes librement ! Il n’en croit pas ses yeux ! 

Regardez ce qu’il lit : « dans chaque culture, chaque famille, certaines émotions sont admises, d’autres réprouvées. Très tôt, l’enfant apprend à cacher, détourner celles qui ne sont pas admises et il s’autorise à exprimer celles qui y sont acceptées. 

Prenons un exemple : un enfant de quatre ans vivant au sein d’une famille dans laquelle la colère est vivement sanctionnée – « Si tu continues à piquer ta colère, tu vas avoir une fessée et je te mets au lit immédiatement ». Rapidement l’enfant apprendra à dissimuler sa colère. Il lui trouvera un substitut : la bouderie par exemple. Ainsi, à chaque fois qu’il ressentira un début de colère monter en lui, il se mettra à bouder.  

Cette dernière émotion étant acceptable dans sa famille il évitera ainsi la fessée et le lit ! Cette substitution porte le nom de racket ou émotion trafiquée. » 

 

Ainsi, nous sommes animés d’émotions vraies et d’émotions trafiquées ! Voici un premier scoop se dit Mr Sans freins de plus en plus intrigué par ce vaste sujet. 

Une nouvelle question surgit alors dans son esprit : au fait, comment ça marche une émotion ? Il repianote et lit : « Le centre des émotions est situé dans le système limbique (septum, lucidum, hippocampe, amygdale). Ce centre est l’un de nos cerveaux les plus anciens, il interagit avec l’environnement. Les émotions y sont élaborées. » 

 


Nous voici rassurés ! S’il existe dans notre corps un centre dédié aux émotions, celles-ci sont donc normales, inhérentes à la nature humaine s’exclame Mr Sans freins. 

Mais, comment fonctionne ce centre ? 

« Lorsqu’une émotion apparaît l’organisme est bouleversé ! Des changements plus ou moins importants en fonction de la nature et de l’intensité de l’émotion apparaissent dans le flux et la quantité de neurotransmetteurs présents dans les cellules cérébrales. Ceci crée un choc qui se répercute tel une onde sur les différents appareils : circulatoire, respiratoire, digestif, glandulaire, cardiaque… Ces réactions peuvent être provisoires et disparaître rapidement. A contrario, si les émotions sont répétées, exagérées, non évacuées, elles prennent un enracinement corporel sur l’une des zones de fragilité du sujet. Ces zones peuvent être physiques ou psychologiques, elles dépendent du terrain biologique et/ou psychique du sujet. Ce mécanisme entraîne l’apparition de symptômes. S’ils ne sont pas régulés rapidement, la pathologie devient plus lourde et plus profonde. » 

« Par ailleurs, les émotions non-acceptées par le sujet sont refoulées, c’est-à-dire évacuées vers l’inconscient qui les stockera, les réduisant provisoirement au silence. Mais, le retour du refoulé à la conscience ramènera avec lui toute la force émotionnelle du choc… d’où l’apparition de symptômes, toujours localisés dans la zone de fragilité du sujet. » 

« Ainsi, ce que nous avons du « mal à dire » au niveau du ressenti devient « maladie ». En effet, vivre, c’est ressentir des émotions, c’est sentir des « flux d’énergie » dans notre organisme. Ne pas les bloquer, ne pas les ignorer, ne pas les déplacer, tel sera le résultat d’une bonne gestion émotionnelle. » 

Arrivé à ce point dans sa lecture Mr Sans freins s’interrompt. Il vient de comprendre pourquoi sa compagne est si souvent malade ! Elle qui n’exprime que rarement ses émotions les transforme en maladies !   

Comment faire pour l’aider ? Il réfléchit…. Je peux certainement avoir des renseignements en recherchant du côté des thérapies… c’est reparti … en voici une qui accroche son regard car elle donne une définition plus positive des émotions. C’est l’Analyse Transactionnelle.  

Pour elle, les émotions sont : « des réactions, c’est-à-dire des réponses émotionnelles spontanées face à un évènement qui vient de se produire. Elles nous permettent de nous adapter à l’évènement, de mieux communiquer avec nous-mêmes en percevant et acceptant notre réaction et de mieux communiquer avec les autres si nous « osons » exprimer cette réaction. » 

« De ce point de vue, il n’y a pas d’émotions négatives. Chacune d’entre elles nous signale dans quel état d’être nous nous trouvons propulsés suite à un évènement, et nous permet de mesurer l’écart entre ce que nous ressentons, nos besoins et nos désirs profonds. » 

« L’Analyse Transactionnelle a retenu quatre grandes émotions : la peur, la colère, la tristesse et la joie. Celles-ci représentent quatre grandes catégories dans lesquelles nous pouvons reclasser des dizaines de mots servant à décrire la palette émotionnelle très large dont dispose chaque être humain. Chaque émotion a une fonction spécifique… » 

Nous voici arrivés à la fin de notre premier chapitre La semaine prochaine vous pourrez découvrir la peur, ses fonctions, et surtout comment la gérer ! 

 

A très vite pour la suite de notre voyage ! 

 

Sandra Stettler